Chaque jour, Packshotmag rend compte de l’actualité de la production publicitaire française en présentant les derniers films diffusés à la télévision, au cinéma ou sur le web.

Avec la volonté de faire connaitre et reconnaitre les différents talents impliqués, en les créditant d’une part mais aussi en recueillant leurs témoignages sur les projets réalisés.

Certains de ces films marqueront les esprits du public et des jurés des festivals au point de devenir cultes et d’entrer dans la légende en tant que référence pour les futures générations de publicitaires.


La quasi généralisation ces dernières années de making-of, devenus un outil de communication à part entière pour booster la diffusion du film publicitaire, permettra ainsi peut-être de sauver de l’oubli toutes les énergies déployées par les acteurs de ces réussites avérées dans le temps.

Toujours dans cet esprit de reconnaissance du savoir-faire, Packshotmag a voulu donner la parole aux producteurs d’hier (pour certains toujours en activité) qui ont su fabriquer les publicités devenues cultes aujourd’hui, encouragé par leur accueil favorable et leur simplicité à accepter de témoigner en toute sincérité.

 

Jacques Arnaud fondateur de la mythique Franco-American

 

 

Jacques Arnaud fut le producteur heureux et comblé de La Franco-American qu'il fonda en 1972. Avec des réalisateurs comme Luc Besson, Jean-Jacques Annaud, Hugh Hudson, Jean-Paul Rappeneau, Jan Kounen, Gérard Jugnot, Jean-Marie Périer, Michael Seresin, la Franco-American devait vite devenir incontournable dans le paysage publicitaire en produisant près de 40 à 50 films par an pour les grands constructeurs automobiles, Danone, L'Oréal, Cacharel, Hertz, AGF et en récoltant une brassée de prix jusqu'au début des années 2000, où Jacques Arnaud décidait d'arrêter la production de spots . Il laissait alors l’entreprise entre les mains de son associé Serge Fournier pour se consacrer pendant quelques années à la production de téléfilms avant de prendre sa retraite définitive en 2012. 

Diffusé en février 1992 à l'occasion des Jeux Olympiques d'Hiver d' Albertville, le film AGF devait avoir un retentissant impact public, encore dans les mémoires des "anciens", bien que peu diffusé après les J.O puisque réalisé à cette occasion.   Derrière cette réussite, une somme de difficultés qu’a dû affronter Jacques Arnaud sur ce tournage contrarié et pharaonique qu’il nous raconte en détail:

« L’histoire du tournage AGF « patinage »  illustre à quel point l’utilisation des outils numériques a révolutionné la production des spots.

Fin 1991, je suis appelé par Eurocom (future Euro-RSCG cette même année, devenue Havas WW en 2012) qui a conçu un spot pour leur client AGF. Il nous faut filmer en plongée 5 longues files de patineurs sur un fond blanc. Ces files progressent dans la même direction et se croisent à la manière de graphiques de statisticiens. Les films précédents étaient faits en dessins animés ce qui est très pratique pour les graphiques en mouvement… Mais cette fois, c’est de la vue réelle. Le spot est destiné à être diffusé pour la première fois le 8 février 1992 au cours de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des J.O. d’Albertville. AGF veut donner une image en relation avec le sport. Quoi de plus normal ?

Le film AGF

C’est Alain Godard qui dirige l’agence de publicité et il gère ce dossier en direct avec à ses côtés Olivier Aubert, jeune directeur de clientèle qui fera son chemin. Godard se doute que la production du spot sera difficile et m’honore de sa confiance. Je n’ai aucune hésitation à relever le défi. En Finlande, dans les environs de Lahti il y a des centaines de lacs et l’hiver les patineurs finnois s’y éclatent. Forcément je pense à un tournage en extérieurs car il n’existe pas de studios assez grands ni assez hauts de plafond pour filmer ce spot. C’est là où les trucages numériques auraient eu toute leur efficacité… Mais mes 5 files de 120 patineurs, je devrai aller les faire patiner tous ensemble quelque part.

 

Le réalisateur Hugh Hudson

Hugh Hudson, réalisateur anglais de grand talent s’engage avec moi. Hugh a l’habitude des très grosses productions. Cet homme à l’allure distinguée presque aristocratique est nanti d’un palmarès cinématographique étonnant. Son premier long métrage en 1981, « Les Chariots de Feu » a eu 4 Oscars (dont celui de meilleur film !), puis « Greystoke, La légende de Tarzan » en 1982 a reçu un succès planétaire. Son troisième film « Révolution », en 1985, dont il perd le contrôle du montage dans une course de vitesse de ses producteurs avec «  Mission » de Roland Joffé, se termine en revanche par un échec. En attendant, il cartonne dans la pub.

  

Hugh Hudson 

 

Les repérages

J’envoie un assistant, Jonathan Samway, en Finlande pour repérer et déjà lancer la fabrication des combinaisons. Chaque file ayant sa propre couleur (les noirs, les bleus, les verts, les jaunes et les rouges), cela représente 600 combinaisons monochromes en tissu synthétique, munies de capuches, comme celles que portent les patineurs de vitesse.

On est début décembre 1991 et on a le temps de bien s’organiser, je prévois de tourner au cours de la première semaine de janvier. Malheureusement, en décembre 1991, l’hiver scandinave est anormalement doux, les lacs ne gèlent pas ou si peu. Or c’est une bonne épaisseur de glace qui nous est indispensable. Les messages de Jonathan sont désespérants et le temps passe, sans que le grand froid ne consente à s’installer.

Mi-décembre, je décide d’essayer une autre destination. Xavier Castano part pour le Canada repérer du côté du Lac Louise. Là aussi déception, pas assez d’épaisseur de glace pour supporter les déneigeuses ou les véhicules travelling. Xavier ira jusqu’à Yellowknife à l’extrême Nord-Ouest à 3 200 km de Montréal.

Là, les camions roulent sur les lacs gelés et on ne coupe pas le moteur des véhicules à l’arrêt de peur qu’ils ne redémarrent qu’au printemps.

Nous avons enfin une option, mais l’endroit est excessivement compliqué : il faudrait acheminer une équipe technique de 40 personnes, plus 10 camions et surtout au moins 600 excellents patineurs dans cette ville de seulement 18 000 habitants dont un quart d’autochtones inuits pour lesquels le patinage est un territoire inconnu. Et puis, travailler avec une température moyenne de moins 25°.

C’est pourtant notre seule option, jusqu’à ce que Xavier apprenne qu’à Montréal, la municipalité laisse l’usage du canal Notre-Dame aux patineurs à partir des Fêtes de Noël. La ville dispose des moyens techniques permettant de mettre le canal en glace.

  

Jacques Arnaud au téléphone !

 

La préparation

Xavier fonce à Montréal et obtient qu’on nous laisse utiliser une partie du canal pendant la première semaine de janvier. Enfin une solution, et même la seule bonne, d’autant plus qu’à Montréal, les journées d’hiver sont plus longues qu’en Finlande, Montréal est à la même latitude que Bordeaux. Je reprends confiance.

Je fais acheminer les combinaisons de couleur qui étaient en fabrication en Finlande. Xavier reste sur place et le directeur de production Philip Kenny le rejoint.

La première décision est d’engager un chorégraphe local spécialisé dans les sports de glace puis de recruter les 600 patineurs. Ce sera très majoritairement des adolescentes issues de cours de patinage artistique, car on s’est aperçu que pour bien se synchroniser l’expérience du patinage artistique est indispensable, alors que les patineurs de vitesse en sont incapables et pour les hockeyeurs c’est encore pire. Nos lignes, formées par les personnages auront à s’entrecroiser plusieurs fois, selon les instructions du chorégraphe. Ceci exige une très grande précision et une synchronisation d’enfer. Chaque cassage de gueule entrainant la nullité de la prise et le gaspillage de temps pour remettre en place.

A Paris, je reçois ces nouvelles encourageantes et puis soudain une autre, la veille de Noël, inquiétante cette fois : c’est le redoux et la glace de notre canal se met à fondre ; il fait 4°, et on n’y peut rien. On ne patine pas avec 10 cm d’eau sur une glace friable…

 

Le tournage retardé

Le 2 janvier, premier jour de tournage programmé, il fait toujours aussi doux, alors qu’à Montréal en janvier la norme est -10/-15°… Les habitants, eux, sont ravis, pour un peu ils iraient faire leurs courses en bermuda.

Effet de ce réchauffement, l’inondation d’un grand nombre de caves en ville. Avec l’aide de notre équipe canadienne de production et d’un ami retrouvé qui travaille au service des sports de Montréal, l’ancien champion du monde de lutte Daniel Robin, nous sollicitons fortement la Mairie qui se montre assez bienveillante envers nous. Tant pis pour les caves inondées, la plupart des pompes de la ville sont au travail sur notre canal. Il faut pomper, pomper, pomper pour permettre à la glace de se reformer dès que le froid sera de retour.

On pompe donc des tonnes d’eau et enfin le froid revient et la glace se reforme. On est prêts à tourner… avec une semaine de retard, quand la neige se met à tomber, obligeant une nouvelle fois à reporter le début des opérations. Pour évacuer 20 centimètres de neige sur une glace permettant le patinage mais encore trop fine pour que passent les engins de déblaiement, que faire ?

 

 

Le déneigement du canal sera un grand moment, une idée géniale de Philippe Giband, mon associé, celui qui est chargé de la gestion et qui m’accompagne sur ce tournage : c’est l’hélico de Mark Wolf, prévu pour les prises de vues en mouvement, qui soufflera la couche de neige. En 30 minutes l’affaire est réglée, trait de génie…

Les autorités de Montréal nous ont imposé, en contrepartie de l’autorisation de tournage, d’utiliser un hélico à double turbine, décision très logique car la double turbine nous met plus à l’abri d’une panne de moteur en vol semi-stationnaire avec une foule en dessous. Encore un coup de chance, nous trouvons au Québec un hélicoptère à double turbine disponible qui, accepte de se libérer pour nos dates et abandonner pour quelques jours ses missions de transport dans le Grand Nord.

Hugh et moi tenions beaucoup à avoir avec nous ce pilote expérimenté qu’est Mark Wolf. Américain vivant à Londres, il est la référence absolue pour les cinéastes à cette époque. Militaire de formation, il avait servi comme pilote durant la guerre du Vietnam où son job consistait à aller récupérer les blessés sur les théâtres d’opérations. A 21 ans il obtint le grade de capitaine et demeure encore aujourd’hui le seul militaire de l’histoire des USA à avoir atteint ce grade si jeune. Reconverti dans les prises de vues aériennes, il affiche une filmographie incomparable. Avoir ce pilote sur son tournage est à la fois un privilège et une garantie de sécurité.

 

Le tournage

Enfin on filme. Nous avons 3 caméras en simultané, sous la direction du chef-opérateur français Bernard Lutic. Une dans l’hélico de Mark Wolf, une dans une nacelle à 18 Mètres de haut sur une grue de travaux publics et une au sol dans une voiture.

Il fait froid à nouveau, -15° en moyenne. Pour les patineurs, le froid ressenti sous les pales de l’hélicoptère doit être du double. Ces jeunes gens montrent un courage extraordinaire sous les ordres du chorégraphe et de Xavier Castano qui, sur des plates-formes dirigent les mouvements tandis que Jonathan Samway, au sol, court dans tous les sens pour résoudre les problèmes. Et il y en a des problèmes ! Les chutes, les erreurs « d’aiguillage », les fatigues et coups de froid… Pourtant, à l’issue des 4 jours de tournage on ne déplorera aucune blessure, juste quelques coupures et engelures… et quelques bons rhumes.

 

 

À l’issue du dernier plan du tournage, Hugh et moi accompagnés par tous les cadres de l’équipe, nous nous rendons dans le hangar aménagé en vestiaires afin de rendre un hommage bien justifié à nos patineurs et patineuses. C’est Jonathan Samway qui est le héros de la fête, les jeunes filles s’agglutinent pour embrasser ce grand blond d’origine australienne et ignorent Hugh totalement.

Explication simple : Hugh, la troupe de patineurs ne l’a pratiquement jamais vu et certainement pas identifié comme étant le réalisateur. Hugh a dirigé son tournage de loin, devant ses moniteurs vidéo, en liaison par talkie-walkie avec ses collaborateurs sur le terrain.

Alors, le grand blond qui courait dans tous les sens tout le temps, ce ne pouvait être que lui, le réalisateur. Jonathan a eu son heure de gloire, on aurait cru la Grande Armée fêtant Napoléon le soir de la bataille d’Austerlitz.

Hugh Hudson, mon formidable directeur de production Philip Kenny et mon équipe franco-canadienne ont triomphé de tous les obstacles. Les représentants de Havas, Olivier Aubert et Sylvie Dunaigre ont suivi avec nous toute cette saga. Leur moral et leur soutien ont été précieux.

Le 8 février 1992, soutenu en bande sonore par le boléro de Ravel, à la télévision, le spot a fait belle impression. Informé par Olivier Aubert des difficultés rencontrées pour fabriquer ce spot qui l’enthousiasme, le PDG des AGF, Michel Albert a tenu à nous recevoir, l’équipe et moi, dans son bureau et nous féliciter avec du champagne. Ce geste très très rare de la part d’un annonceur m’est allé droit au cœur.

L’usage de trucages numériques aurait évité tout spécialement la construction de murs blancs en polystyrène le long du canal pour isoler, dans les plans au sol, nos patineurs des fonds arborés qui bordent l’endroit. L’usage de trucages numériques nous aurait surtout permis de tourner le tout en studio et par petits morceaux.

L’usage de trucages numériques aurait surtout fait qu’il n’y aurait pas d’histoire à raconter… »

Le making of ici:

 

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