Matthieu Elkaim rejoint La Pac comme directeur général aux côtés de son président Jérôme Denis. Sous l’impulsion de ce dernier depuis onze ans, la maison de production cinquantenaire, historique et réputée, poursuit sa dynamique vers sa transformation en groupe d’Entertainment. Matthieu Elkaim prendra en charge son développement sur le marché français, accompagné par Jérôme Denis qui se consacrera plus particulièrement à son expansion internationale.
Après 25 ans en agence, dont huit à la tête de la création puis comme coprésident d’Ogilvy Paris, Matthieu Elkaim a tourné la page en avril, avec le sentiment d’être arrivé au bout d’une histoire. Il ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre en prenant la direction générale de La Pac. Alors qu’il est devenu plus courant que des producteurs indépendants rallient les productions intégrées, le publicitaire se réjouit « d’être aux avant-postes » en rejoignant une belle maison de production.
Parallèlement producteur de fictions au sein de Jack n’a qu’un œil depuis huit ans, la proposition de Jérôme Denis, avec qui il entretient depuis quinze ans une relation professionnelle devenue amitié, lui offre l’occasion de franchir un cap sans quitter le secteur de la publicité qu’il aime. Avec une envie centrale : « retrouver le plaisir de créer et de faire ce métier ». D’autant que tous deux partagent notamment la volonté de questionner les modèles établis dans un secteur en pleine mutation.
Reconnus comme deux grands communicants dans la profession, Matthieu Elkaim et Jérôme Denis nous racontent d’une seule voix les valeurs et la vision qu’ils partagent pour l’avenir de La Pac.
DEUX PARCOURS UNE MEME VISION
Pour Jérôme Denis, l’arrivée de Matthieu, repose avant tout sur la complémentarité de leurs parcours et sur des valeurs communes : fidélité, loyauté et curiosité. Son expérience de la création et du management en agence, ainsi que de la production de fictions, contribuera à renforcer les liens entre les différents acteurs d’un projet.
« J’ai vraiment l’ambition de développer un groupe avec différentes “cordes à son arc”, qui peuvent aller de la fiction au documentaire à la publicité, toujours avec les mêmes valeurs et en restant solide sur les talents. Matthieu a vraiment ce cerveau-là, et c’est important à ce moment-là. Il faut revenir aux idées, à des choses structurantes, discuter du fond et pas uniquement de la forme. Je pense que Matthieu est autant un homme de fond qu’un homme de forme. »
Son arrivée doit aussi permettre à Jérôme Denis de dégager du temps pour se consacrer au développement international du groupe et à ses ambitions dans l’Entertainment.
NOUS SOMMES PRODUCTEURS
À l’heure où les frontières entre agences, productions, annonceurs et talents deviennent de plus en plus poreuses, les deux dirigeants défendent une conviction commune : chacun doit rester fidèle à son métier, tout en apprenant à mieux travailler avec les autres.
« Nous sommes producteurs, tranche Jérôme Denis. Le secteur change, donc tout le monde cherche à optimiser son modèle face aux nouvelles règles et à l’éclatement des compétences. Il y a beaucoup de fantasmes à cet endroit, mais l’activité principale provient des agences de publicité, il n’y a rien qui a changé à ce titre. À chacun son métier.
Dans notre projet aujourd’hui, il y a cette idée de refaire société, réapprendre à se parler, entre production, agence, réalisateur, talents : il faut aller vers la même destination. Il faut arrêter de s’opposer. »
Matthieu Elkaim partage cette analyse : « De la même manière, j’ai vu aussi le fantasme de la production de l’agence qui devient une agence qui se met à produire. Je l’ai fait également et j’ai bien vu les limites, à un moment donné. Je crois que nous avons des métiers différents. Ce qu’il faut réussir à mettre en place, et l’énergie qu’il faut déployer, c’est quelque chose de fonctionnel, d’opérationnel et qui va dans le sens de la qualité. »
RECONNECTER LES IDÉES, LES TALENTS ET LA PRODUCTION
Il entend ainsi mettre son expérience en agence et son regard au service de la production. Derrière un film, rappelle-t-il, il ne s’agit pas seulement de savoir comment le fabriquer, à quel prix et avec qui, mais aussi de comprendre pourquoi il existe, pourquoi maintenant et ce que le client cherche à exprimer.
« Pour avoir passé du temps de l’autre côté, mais aussi pour avoir vu ce qui se passe dans le secteur de l’audiovisuel et du cinéma, et être resté assez proche et impliqué dans la production au sens large, même en agence, je vois que l’enjeu aujourd’hui, c’est un enjeu de langage. Il faut savoir parler différents langages et être une bonne courroie de transmission pour éviter qu’on se perde dans des interprétations qui ne sont pas les bonnes et nous emmènent vers un projet de moindre qualité. »
Une capacité à faire dialoguer les métiers que Jérôme Denis identifie comme l’une des grandes qualités de son nouveau directeur général.
« Matthieu a cette espèce d’ouverture d’esprit et d’empathie, cette capacité à rendre les choses très humaines tout en acceptant qu’elles soient complexes. Il regarde, analyse, en parle avec les gens autour de lui, confronte les avis, et à la fin il agit. Pour moi c’est la définition du producteur. Il y a cette phrase de Bergson que j’adore : « Agir en homme de pensée, penser en homme d’action. » Pour moi, c’est ça, la définition du producteur : il faut réfléchir et agir en même temps. Mathieu a cette qualité-là ».
À QUOI RESSEMBLERA LA PAC DANS TROIS ANS ?
Sur ce point, les deux partenaires partagent la même ambition : renforcer la place de la création et multiplier les passerelles entre les différents univers de production.
Jérôme Denis souhaite voir La Pac gagner encore en reconnaissance créative, avec des réalisateurs toujours plus talentueux, certains ayant grandi avec la maison, d’autres l’ayant rejointe depuis. Mais son ambition va au-delà : créer une véritable dynamique entre les différentes composantes de l’Entertainment.
« Il faut faire communiquer aujourd’hui la publicité avec le cinéma, le cinéma avec la télévision, la télévision avec la fiction, la fiction avec le documentaire, qui communique avec la publicité. C’est un peu mon ambition et mon objectif à trois ans : faire en sorte que nos talents, nos réalisatrices et nos réalisateurs puissent exercer leur métier dans différents terrains de jeux ».
RESTER INCONTOURNABLE, SANS JAMAIS S’ENDORMIR
Trois ans, c’est peut-être un horizon trop court, réagit Matthieu Elkaim, qui préfère penser que La Pac soit encore là dans 30 ans !
« La Pac a quand même une histoire incroyable. Je trouve que La Pac a toujours été une société de production incontournable, de par ce qu’elle est, ses dirigeants, ses fondateurs, ses talents, son ambition à différents moments. Il ne faut pas cultiver le passé, mais il faut simplement savoir le convoquer au bon moment pour se rappeler qu’on ne vient pas de nulle part. J’ai rejoint La Pac aussi pour ça, pour tout ce qu’elle charrie, ça fait du bien de parfois se dire « Attendez, on vient de là ».
Pour lui, ce patrimoine culturel est avant tout une responsabilité : celle de continuer à faire de La Pac un partenaire de premier plan pour les agences et les annonceurs.
« C’est une société de production incontournable et on doit rester une société incontournable. On doit faire en sorte que nos clients, les annonceurs et les agences mettent La Pac au top de leur liste parce qu’ils savent qu’à un moment, ils auront le meilleur. Nous devons continuer à nous poser les bonnes questions, à être exigeants, à faire preuve d’ouverture d’esprit, comme le dit Jérôme. C’est absolument clé : ne pas s’endormir et ouvrir de nouveaux terrains de jeu.
Il faut essayer de créer des synergies, parce que c’est davantage une histoire de synergie et d’hybridation aujourd’hui que de se positionner simplement à un endroit ou à un autre. Et cela se fait avec des personnes qui ont la capacité de le faire. C’est beaucoup une question de mindset, d’état d’esprit, dans la manière dont on fait son métier tous les jours.
Donc ma réponse est simple : rester une société incontournable, rester un partenaire incontournable dans les trois prochaines années ».

Quelques jours après cette interview croisée, nous n’avons pas résisté en marge du Ciclope Festival à poser cinq questions complémentaires à Matthieu Elkaim :
Y a-t-il une étape du processus actuel de la fabrication d’un film qu’on pourrait supprimer ?
Si on se parle de pure fabrication, je ne suis pas certain qu’on puisse réellement se passer d’une étape en particulier.
Si on se parle du processus de production dans son ensemble, depuis la réception du script jusqu’à la livraison du film, alors oui, je vois bien quelques étapes qui pourraient être supprimées ou allégées. C’est un sujet un peu délicat et au risque de paraître provocant, je crois qu’on pourrait assez souvent se passer des notes d’intentions par exemple. On choisit d’abord un réalisateur ou une réalisatrice pour son showreel, son univers, son expertise. Puis un bon échange bien préparé peut suffire à qualifier ou non la personne en question. Il restera toujours – et c’est réjouissant – une part de rencontre, de désir, une relation humaine qui peut être déterminante. Je pense que certains films méritent néanmoins qu’on développe une note, mais si j’étais un peu radical, j’imposerais un maximum de deux pages rédigées sur un doc word.
Est-ce que ça va être simple de concilier vos exigences d’ex-directeur de la création avec celles d’un producteur ?
L’exigence c’est une valeur, un état d’esprit. J’ai fait ce métier pendant 25 ans avec exigence car c’était la seule façon à mes yeux de concevoir de grandes campagnes impactantes, mémorables et efficaces. Il en sera de même dans la production. J’aurai toujours à cœur de pousser les réalisateurs à faire preuve d’exigence, à se remettre en question, à explorer des chemins qu’ils n’avaient pas forcément envisager. Mais aussi et c’est primordial, à se faire confiance.
Quel est votre atout ou vos atouts dans cette nouvelle position de producteur ? Et a contrario, les contraintes éventuelles auxquelles vous n’étiez pas préparé ?
C’est donc la séquence humilité. Il faudrait demander à Jérôme Denis de répondre à cette question, après tout c’est lui qui a eu cette idée initialement. Quand on a passé 25 ans en agence, et pas dans les plus mauvaises, on connaît la grammaire publicitaire sur le bout des doigts. On comprend immédiatement un concept créatif. On connaît le processus qui a mené à un script. On est aussi particulièrement attentif à la stratégie d’un annonceur. Je pense qu’on peut ainsi éviter pas mal de pièges. C’est précieux. Je dis souvent que mon atout principal c’est de parler beaucoup de langues. Celle des agences, celle des annonceurs, et bien évidemment celle des producteurs. Et je pense que cela peut permettre plus de fluidité, une meilleure collaboration, un réel gain de temps et in fine un meilleur résultat.
J’ajouterais que je suis un créatif de formation. Mon premier réflexe c’est l’idée. Son originalité, sa pertinence. C’est ma langue maternelle. Je pense également que c’est un atout pour le travail avec les réalisateurs par exemple.
Il y a évidemment des challenges. Le premier c’est de ne pas être un directeur de création. Ce n’est pas mon rôle. Mon rôle c’est de proposer les meilleurs talents et le meilleur procédé de fabrication pour qu’un script devienne le meilleur film ou contenu possible. Et enfin, producteur, c’est un métier, un vrai savoir-faire, qui demande d’autres réflexes, et j’ai encore des choses à apprendre. Mais je suis entouré d’une équipe formidable, je ne me fais donc aucun souci.
Est-ce que le fait d’être « un affranchi » est un véritable avantage pour gagner les pitchs ? Voire comme une martingale pour gagner les compets ?
J’adorerais. Mais je ne crois pas. J’aborde les pitchs avec un autre regard, c’est certain, j’évite de commettre certaines erreurs sans doute, mais on gagne un pitch sur un talent, avec la bonne vision, et la bonne solution de production.
Enfin, la question bonus :
Vous venez « prendre la place » de Jérôme Denis, mais quid des réseaux sociaux sur lesquels il est bien présent ? Sans compte Instagram ni LinkedIn, pas facile pour vous de prendre aussi ce relais, non ?
Je ne prends absolument pas la place de Jérôme. Jérôme est irremplaçable. Je viens lui prêter main forte à un moment charnière de l’histoire de La Pac. La société se développe, l’industrie évolue, Jérôme doit être en mesure de se concentrer sur des enjeux stratégiques du groupe. De mon côté, je dois continuer à faire en sorte que La Pac reste une maison de production incontournable, en phase avec son époque. Et cela se fera main dans la main avec Jérôme. Soyez rassurés, il continuera à alimenter les réseaux sociaux, c’est son choix. Le mien a été de ne pas être présent sur ces réseaux, depuis fort longtemps. C’est un choix audacieux dans le monde d’aujourd’hui mais que je ne regrette pas. Cela ne m’a jamais empêché d’exister, de développer et cultiver mon réseau, et même de concevoir des campagnes Social Média et Influence primées dans les plus prestigieux festivals.